Louiseville — Les fantômes du passé sont revenus hanter la MRC de Maskinongé. Deux ans après la célèbre saga où le maire Yvon Deshaies suggérait de régler le sort des volatiles téméraires à coups de bâton de baseball ou de fronde, un nouveau dindon noir a fait son apparition en plein cœur de Louiseville. Mais cette fois-ci, la bête ne pourchasse pas les piétons : elle s’est autoproclamée directrice générale du réseau routier municipal.
Installé stratégiquement sur le terre-plein du boulevard Saint-Laurent, le gros mâle aux caroncules écarlates dirige les automobilistes d’un simple mouvement d’aile et d’un hochement de tête autoritaire. Le résultat défie toute logique : aucun ralentissement n’a été enregistré en 72 heures, et le respect des priorités à droite a grimpé de 300 %.
« Écoutez, avec son regard sévère, t’as pas envie de manquer ton clignotant », raconte un camionneur régulier de la 138. « Il glousse deux coups secs si tu roules à 50 km/h, mais si t’arrives trop vite, il déploie ses plumes de queue et te fixe direct dans les yeux. Le ministère des Transports n’a jamais été aussi efficace. »
À l’hôtel de ville, le maire Yvon Deshaies, reconnaissable à son éternel chapeau vissé sur la tête, refuse catégoriquement de laisser une dinde faire la loi sur son territoire. En entrevue impromptue sur le perron municipal, le coloré magistrat n’a pas mâché ses mots :
« On ne me niaisera pas deux fois avec un dindon à Louiseville ! La dernière fois, ça s’est fini dans la rôtissoire, pi là y’en a un autre qui vient faire son frais sur mon asphalte ? Y prend nos jobs ! J’ai r’sorti mon bâton de baseball en bois du garde-robe. Qu’on m’amène un expert de la faune ou une fronde, mais y fera pas la circulation chez nous ben ben longtemps ! »
Pendant que le maire prépare sa contre-offensive avec son état-major, les citoyens, eux, ont déjà lancé une pétition pour embaucher le dindon à temps plein avec un salaire payé en grains de maïs et un petit dossard orange de signaleur.


